Une barque près de ton seuil

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Le poème est l’art des sommets. Il implique, pour celui qui s’engage dans pareille aventure, une vigilance de chaque instant et un égarement total. L’inconnu et l’obscur sont sa ligne d’horizon. à l’écriture de ces poèmes-ci, durant trente années, j’ai œuvré à détruire la plupart des mots qui venaient à moi en marchant. Je n’ai pu me résoudre à les anéantir tous puisque quelques-uns s’essayaient à éclairer un peu mieux mon chemin. Je suis donc demeuré dans cette sorte d’ignorance avec laquelle je n’ai jamais cessé d’aller jour après jour. Cela, sans doute ne suffira jamais et qui écrit, médusé, saura se contenter d’admirer les cimes inaccessibles vers lesquelles son élan le portait avec sa poignée de phrases sauvées du Grand silence. Dans l’espérance, peut-être, que ce cheminement, ces rapts ne pouvaient être autres puisqu’ils offraient, au soir tombé, une stèle de très douce clarté.


Format : 12×17
Nombre de pages : 96 pages
ISBN : 978-2-84418-147-3

 

Année de parution : 2008

Auteur : Vernet Joël Catégorie :

Description

Rendu au jour nous chercherons notre bonheur au second poteau à Christian Guez Ricord Nous chercherons notre bonheur au second poteau Nous chercherons les anges dans la nuit de la maison, Nous chercherons mais jamais nous ne trouverons Le feu des yeux Et quand la nuit viendra, nous surprenant solitaire Sur le pas de la porte, Entendrons-nous enfin le chant de l’élégie, L’éternel commencement des choses, La fragilité des grains dans la pierre tenue, Fragile, ramassée puis jetée au loin Comme une promesse, Jetée au loin. Nous avons vu l’homme marcher, Courir sur le bord de la route, Tenant dans ses bras ce qui meurt et périt. Nous avons vu l’éclair lointain de la toile Et le regard du peintre au-delà des maisons, Lancé vers les mers ! O vents! O oiseaux ! O misérable miracle du jour ! Ces musiques qui remontent du fond des âges, Et le pâle visage de l’ancêtre Tout près de l’âtre, Qui vous parle et vous ment Car toute chose est née pour l’absence, La douleur chuchotée dans les nuits profondes. Nul n’entend le froissement du cri Contre les murs, Nul. Au fond du jardin, L’harmonie d’une rose, Le doux repos des fleurs. Nous chercherons notre bonheur au second poteau Et l’éternité du ciel sera là pareille à l’albatros Suivant le voyage des bateaux. Où irons-nous dans l’autre siècle Et pour quelle victoire Et pour quelle défaite, Quel sera le fossé qui accueillera la dépouille, Quel sera le dernier torrent Où le sang aura fait puis défait son lit ? Les heures ont roulé dans la poussière. Nous avons habité tous les continents, Nous avons rêvé tous les rêves, Nous avons aimé et nous avons été aimés Tel le givre bleu de l’hiver sur les fenêtres Puis nous sommes partis suivant le chant ancien, Repoussant les bruits du monde. Nous avons trouvé la chambre blanche, Reliquat imparfait du tombeau, Pourtant seule demeure. Le vaste monde des murs a gardé longtemps, Bien longtemps, Le secret de l’encre sur la page Et rien n’est jamais né qui n’existait déjà. Pas plus les vagues que le désert, Pas plus les livres que les couleurs, Le départ des navires, Les blancs navires du port de Gênes Dans le silence de l’époque. Où sont les poètes, la nuit, Songent-ils à l’enfance, à la déroute des veilles sous la lampe? Attendrissements, coups d’ailes et vols furtifs Vers les cols lumineux. J’ai porté longtemps dans mon sang La foudre des rivières et des villes, Des montagnes et des plaines, Le chant des blés et des femmes au corps d’ébène. Je fus la chute et le vol, L’élan inaccompli, Le vœu sacrilège, inachevé. J’ai aimé la fougue des crêtes, Le partage du sable dans l’ île, Le gain de l’âme Dans la très haute solitude Loin des villes et des hommes, La féroce prière au fond des barques Quand j’allais sur les fleuves et les eaux du Niger En compagnie d’un enfant Très vite nommé mon Fils Par l’or de ma bouche. Tout cela, Cette sanglante pauvreté, Je la porte aujourd’hui comme un étendard Et la jette aux chiens de l’amour Ainsi que cette poignée de sable Cueillie dans l’hiver Sous les branches d’un pin Tandis que mes yeux baisaient les fougères Et le point rouge de la vallée. La barque passe près de ton seuil, Pose une lettre noire dans la malle, à l’arrière et la nuit, J’entrerai dans le Temple, Allant vers la lumière D’une beauté sans nom. Un vent léger sous les voûtes Se brûle aux pages d’un carnet Que je tiens dans ma paume Face au ciel et aux astres. L’ombre est passée L’ombre est passée qui a volé ta mort Aux jours des premières lumières d’avril Quand tonnaient dans les rues encore blanches Les voix des villages, les cris Et les sabots des bêtes. L’ombre est passée, souveraine, radieuse. Elle a ouvert ses pages comme un livre Entre lesquelles, désormais, tu reposes De toute éternité. Ce matin, sous mes yeux, La terre froide des allées du cimetière. Souvenir de la chapelle sombre, De ses mille bougies, des veilles tardives, Des femmes pauvres vêtues d’étoffe noire, Du livre de prières blotti contre les cœurs. Au fond de la barque des songes Ou sous l’ampoule triste, j’avais caché L’Issue, une étoile au devant de ma vie Pareille à tout renoncement. J’ai vu les saisons, l’effondrement des jours. J’ai été le captif, l’homme offert à l’absence d’amour. J’ai brisé le sceau Pour franchir le seuil. J’ai cherché Mes héritiers sous les pas des vagabonds. La maison abandonnée vomit les souvenirs. Les derniers signes de toi sur les murs. Le foin a envahi ma chambre, Les poutres blanches sont en ruine Et la belle invention Fut de clore les fenêtres avec de la paille. Un feu brûle dans la petite cour Où je lave mon visage. Nous ne veillerons qu’un jour Nous ne veillerons qu’un jour Et ce jour sera le dernier rapt, Perdu parmi les siècles, Harassé et si las. Quel repos sera-t-il enfin accordé Au voyageur rompu de honte et seul, Seul pour toujours Au bord de ce oui clair D’un fleuve déchiré de lumières, Riant des pages légères des livres, Fiévreuses sous les pas étouffés Des promeneurs ? Soudain, Une pluie fine Sur un visage. Soudain, Le secret d’une rue Connue de toi seul, Quelque part dans une ville, Dans un pays. Un secret nimbé d’or Au petit matin Quand montent les premiers bruits Entre les corps Qui vont vers n’importe où. Ecoute le silence Collé encore sur l’oubli bleu des murs. Ecoute les voix des ténébreux ancêtres: Elles montent une à une Du nid des herbes. Elles vont toujours plus haut, à la fois vers la chute, à la fois vers l’envol. Elles vont briser l’azur, Le tremblé des roseaux, Le chant mauve des barques. De tout leur poids, Elles pèsent sur ton cœur, Sur celui des malheureux Le long des routes. Mais où est donc le chemin, La complainte du vent, L’infinie reconnaissance de l’amant Ou la foudre des reines Au midi de l’attente? Prends et vole ce peu de terre Rongée par les pluies de printemps, Les nuits froides de l’hiver, Prends et va tout au long de ta nuit, Va. Un genêt t’offre ses fleurs jaunes Scellant ainsi ton destin Sur la pierre noire du temps. Contre les murs de la grange

Informations complémentaires

Poids 101 g