Aide-moi, as-tu dit, nous partagions la tarte fine, tes amies
en visite, ce singulier dimanche, aide-moi à mourir.
Ton murmure est un cri à percer toutes les armures.
Veux-tu que nous revenions
À Brignonic, à ces dimanches
de légèreté, où les trois amis
se roulaient dans les rires
d’une petite folie si précieuse ?
Comment t’y prendrais-tu pour cacher
ton plaisir de me voir dans la patouille
à vouloir raviver ces vieux éclats de vie
tu le sens, me connais trop, et ne retrouves
ce langage qui saurait dire la couleur
des instants bénis.
Au cimetière, ce matin, muni d’une brosse
et d’une bouteille d’eau, pour frotter le granit
qui verdoie, je me demandais si tu te marrais
à me voir ainsi pratiquer l’art de la soubrette
assurée de mes maladresses domestiques, comme
un cri d’amour paumé franchit la haie, le sentier
vers ces danseuses d’un ciel venté à souhait,
mouettes espionnes d’un chagrin sans élégance.
Ne le nie pas, je le sens, tu te marres, et ce geste
qui t’était familier, je le devine s’incarner,
nul besoin de baisser la paupière, il s’est glissé
sur ma rétine mentale, tu sais cette moue amusée
où je surprenais tes doutes silencieux et si fermes,
assez pour m’égarer, m’emporter parfois, ah ! l’idiot
le pauvre homme, pensais-tu, malléable à souhait.
Et je m’empêtrais dans ma niaiserie de vieux mâle
bête, parmi les bêtes.



