Le Célibat et l’amour

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17,00 

Remy de Gourmont

 


Nombre de pages : 384 pages
ISBN : 978-2-84418-141-1

Année de parution : 2008

Auteur : Uzanne Octave Catégorie :

Description

en dévotion d’amour

l’évangile du célibataire
Lecteurs en grévance uxorieuse, maris aux cœurs marris, esprits nébuleux et falots qui ne joquetez plus en liberté bachelière, devallez au large de ce livre et ne vous guémentez davantage à son sujet ! – Point n’est pour vous que je guitarise et fais parade de sadinettes allumelles d’amour.
Le sieur de Villotte
(en ses Diversitez)Avant de professer les nobles doctrines de son école individualiste sur les délicates conditions et savoureux apanages de la Vie Célibe, comme disaient nos pères, l’écrivain de ce traité – aussi profond misogame que très ardent gynécophile – croit devoir, aux avant-postes de son ouvrage, croiser la plume ainsi que fait sentinelle de sa baïonnette et crier d’une voix grave : Qui va là ? Ce cri s’adresse à tout passant assez étourdi pour supposer découvrir, en ce recueil sur le Célibat et l’Amour, nombre d’histoires plaisantes, de contes grassouillets ou d’Odyssées libertines.
Ce livre, qui est l’expression d’une sagesse très abstraite (à moins qu’il ne soit la manifestation d’une très caractéristique folie), ne peut, dans l’un ou l’autre cas, séduire qu’un nombre exclusif d’hommes libres et volontairement inasservis au joug matrimonial. – Il fut écrit, non point pour la plaisance des chercheurs de paradoxes, ni en vue de curieux lecteurs gourmets des devis folâtres et des dissertations nourries de condiments échauffants, relevés d’urticées énervantes, mais plutôt pour une élite de délicats libérés des perfides contrats sociaux et des tristes unions cérémonieusement notariées.
Il ne saurait être agréé que par ces rares et éternels amoureux de l’Amour, par ces derniers dévots affinés de la femme qui subissent encore avec une touchante onction tous les mysticismes de leur religion, les agenouillements devant les Icônes de leur culte et les dogmes de leur ferveur sentimentale. Ils se grisent, ces Théophages10, avec des recueillements exquis, des extases profondes emmi des senteurs de l’encens qu’ils offrent dans la tendresse exaltée des communions consenties sur l’autel des baisers présanctifiés.
Les abstracteurs de quintessence passionnelle, qui relèvent par un constant entraînement leur native vocation d’aimer, d’autre part, ces amants innés qui ont été touchés de la grâce et aussi ces jeunes néophytes qui épellent encore le Catéchisme de la femme adorée, tous ces fanatiques des holocaustes du cœur qui ne se sentent la passion qu’avec les ivresses de la foi et ne se donnent au Diable que pour le convertir plus sûrement aux rites mysta-gogiques de leurs Dieu, les Adeptes enfin, et les Époptes philogynes, sauront seuls comprendre le langage, les théories, les gentes pratiques, et les symboles de cet ouvrage à l’usage de quelques fidèles dispersés çà et là parmi tous les grands diocèses de l’Église d’Amour en France et en pays presbytérianiques.
Mais pour une grande majorité d’êtres mondains, de Faublas damerets, de Lovelaces corrects et de Don Juans patentés, élégantes marionnettes à courantes bonnes fortunes de notre grand Guignol humain, pour nombre de gais et solides galants épris de bragardises passagères et qui – avant tout sentiment – prisent les hâtives accolades et les fugitifs contacts vivement échangés ; pour nos fringants Priapistes à la douzaine, idolâtres de leur seule sensualité et qui, sous couleur de galanterie et de séduction, n’obéissent qu’aux appétits de leur sexe et ne peuvent voir dans la femme, – cette cible criblée par toutes les basses convoitises, – qu’un passif instrument de vanité et de jouissance, cet ouvrage doit rester aussi fermé, aussi impénétrable, aussi ésotérique, qu’une Bible monoglotte prudemment stéganographiée.
Pourquoi ce Livre
plaira surtout aux Femmes
En sa qualité de Livre acroatique , ce Traité de Misogamie transcendantale ne peut donc être interprété et paraphrasé intellectuellement que par un public d’initiés, parmi lequel les femmes, – ces sveltes élégantes d’âmes, – en raison de leur génie intuitif, de leur tendre nature impressive, et aussi de leur pénétrante noblesse de cœur, feront sans aucun doute la loi du nombre. La femme, on ne saurait le nier, possède infiniment mieux et plus intimement que l’homme le sens artistique et poétique de la vie à deux. Son cœur et son esprit sont peut-être d’un moins parfait équilibre, mais l’un et l’autre sont assurément d’une incomparable promptitude à percevoir les incultures, les discourtoisies, les vides sonorités, les insipides et vaines agitations de notre vaniteuse et accablante existence sociale.
Victime presque toujours de l’ambition, de la suffisance, de la présomption solennelle des Myrmidons qui l’environnent, … lasse des osten-tateurs…, en quête éternelle d’un Maître, dont elle serait heureuse d’admirer la supériorité réelle, et sous l’autorité duquel elle apporterait toutes ses fiertés soumises, la Femme moderne conçoit encore idiosyncratiquement l’Amour comme l’essentiel Soleil de la vie. Elle songe, au fond de ses pensées secrètes, et dans l’alanguissement de sa séduisante raison, que, en dehors de cet Amour primordial, dominateur et sans rival, tout le reste de l’existence ne saurait être qu’une série d’actes de remplissages variés accomplis avec lassitude et ennui dans les ténèbres d’un monde intérieur vide, refroidi, morne et désorbité.
Alors que nous nous plaisons à détailler ses défauts, à spéculer sur ses vices, à faire pivoter sans cesse la girouette de son inconstance sous le souffle passager de nos galanteries, nous ne disons pas — avouons le ! – que cette légèreté féminine, dont nous croyons être les victimes, cette frivolité coquette, cette instabilité dans les sentiments, cette coquinerie qui nous damne, toutes ces imperfections, enfin, proviennent plus de nous que d’elles-mêmes.
Ce sont les hommes, trop souvent inférieurs, à leur mission d’amants créateurs d’infini, qui ont inconsciemment produit ce désordre moral et cette inquiétude persistante dans l’âme et l’esprit de la femme.
La femme, ce papillon diapré d’azur, saura toujours se fixer sur la corolle des fleurs nourricières qui lui donneront l’inépuisable miel des bonheurs reconstituants et des ivresses substantielles. La source d’amour où, sans cesse altérée, elle s’efforce de s’abreuver doit être intarissable si, dans sa prévoyance de science passionnée, l’ingénieux Élu de son cœur l’a su et pu rendre aussi profonde que l’abîme humain et s’il a compris qu’il la devait habilement dissimuler sous les discrètes et impénétrables frondaisons en clair obscur du mystère.

Informations complémentaires

Poids 301 g