In absentia

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Lorca, Hikmet, Neruda seraient-ils des poètes trop tentés d’agrandir le monde ? Des victimes de causes entendues dans un autre siècle dont nous n’avons aujourd’hui nul besoin ? Loin de leur écrire une fin d’histoire dont ils n’auront pas été les auteurs ou de leur coller aux corps comme s’ils étaient encore vivants, quelque chose dans le présent ne cède rien à tous ceux qui souffrent de creuser encore les blancs et les silences, dans ces mots où simplement vivre et prendre une résidence sur terre, inconnue ou étrangère. Alors, que ce soit sous les séquoias, les érables ou les cèdres, tous ces arbres de feu, le sommeil est impossible.

Format : 12×17
Nombre de pages : 96 pages
ISBN : 978-2-84418-271-5

Année de parution : 2013

Auteurs : Coatrieux Jean-Louis, Otero Mariano Catégorie :

Description

Vers le Sud, vous aurez Grenade, ses murs de pierres où le jour ne vient pas, à main gauche, le Bosphore puis des plateaux arides plantés de figuiers, et tout là-bas à droite, Valparaiso, ridée par le soleil et le sel. Trois terres, trois blessures. Ils ne seront plus là pour vous ouvrir leur porte mais vous pourrez entrer sans crainte pour peu que vous aimiez la vie et la littérature.
Romancero gitan, Premières chansons, Il neige dans la nuit, C’est un dur métier que l’exil…, Paysages humains, L’Espagne au cœur, Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée,  Résidence sur la terre. Ne les cherchez pas au premier rang des bibliothèques avec les livres du jour. Cependant, en insistant, vous trouverez leurs refuges, côte à côte, en haut de marches instables. Pareil sens du retrait mérite de s’arrêter. Ils vous parleront espagnol ou turc, de leurs voyages d’Asie, d’Europe ou aux Amériques, des arbres si verts, du sommeil des enfants et du vent forçant les nuages la nuit. Vous écouterez leurs révoltes, leurs exils, leurs propos vous paraîtront dé-cousus, excessifs, trop marqués par l’époque, leurs territoires en marge du monde.
En un sens, sans lieu ni place où ils ont grandi et sont morts. Le monde pour eux n’était pas tel qu’il était mais comme ils voulaient le créer, libre, lumineux, insolent, mettant leurs pas dans ceux qui ont précédé ou allaient suivre, remontant ou descendant cet immense désordre humain. Un monde, non pas posé entre les hommes et les femmes, mais chez eux. Fragiles rémanences de ce qui disparaît, îles perdues où écrire la vie qu’elle soit noire ou blanche. Vous leur raconterez dans ces dialogues aussi silencieux qu’imaginaires combien nous ne sommes pas plus avancés aujourd’hui qu’hier.
De ces silhouettes déjà si loin et de ces voix pourtant si proches, il est étrange sans doute que la mémoire puisse se passer. Nous n’avons pas appris grand-chose sauf oublier. Personne ne sait plus bien où elles sont nées, quand et comment elles ont brutalement fini et le pourquoi maintenant de mots trop rares. Leurs livres, comme beaucoup d’autres, brûlaient trop les mains au point d’être interdits. Trois vies déplacées, trois chemins coupés de liberté. Où, malgré et contre tout, la poésie n’a rien d’impossible, où la parole se refuse à devenir silence et continue à mettre des ébauches de visages sur des noms anonymes espérant vivre encore.
*
Quoi de plus naturel que de les représenter à travers les caricatures de Mariano Otero. Une tradition de leur siècle, du catalan Luis Bagaría, des madrilènes Del Arco, Fernando Fresno et Ramon Cilla, jusqu’à l’anda-lou Vázquez de Sola ou Manuel Tovar de Grenade dont il a gardé l’essentiel, une économie de traits, une syn-thèse aussi pure et aiguë que la pointe est fine.

Il n’est pas question ici de dessiner une ressemblance un peu grossie pour faire ressortir au mieux la forme apparente mais de chercher la vérité intérieure de ceux qui sont ainsi saisis. Il ne s’agit donc plus de défigurer tel ou tel aspect remarquable des visages ou des corps mais au contraire d’approcher ce qui les fait exister, penser, s’exprimer.

Ce graphisme est un art à part entière. Les lignes vivent elles-mêmes, bougent, s’enroulent et s’ouvrent. Les yeux, lorsqu’ils sont présents, renvoient au regard, les lèvres à ce qu’elles peuvent goûter, le front et la mâchoire marquent l’entêtement ou la mollesse, chacun tout autant vraisemblable. La caricature physi-que d’un personnage est là pour traduire ses nuances, ses glissements progressifs, ses provisions d’existence.
À la première lecture, le dessin peut paraître simple. Il n’en est rien. Un tel exercice appartient à l’humour, à la satire, à la parodie et la tendresse, en somme au grand répertoire du théâtre de l’humain. Le dépouille-ment met à jour les traits intérieurs, leurs équations intimes dans un langage instinctif. Le geste devient allusion, le crayon une parole. Ils se libèrent ensemble de la gravité pour doublement nous étonner.

Lorsque les silhouettes s’accompagnent d’un croquis d’arrière-plan, soleil, oiseaux ou nuages capturés en un seul mouvement, tout ce qui lève les matins de la terre, la poésie y entre de plain-pied. Qu’importe que ses courbes soient abstraites puisqu’elles enferment une réalité sans aucun besoin de volume. Elles anticipent sur ce qui nous attend, elles convoquent le monde aussi sûrement qu’elles échappent au temps.

Informations complémentaires

Poids 101 g