Jean Grenier

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Jean Grenier, dont on connaît le rôle d’inspirateur et de mentor qu’il a joué auprès d’Albert Camus, était philosophe de métier. Mais cet esprit subtil et curieux, ennemi de toute pensée totalitaire (Essai sur l’esprit d’orthodoxie) s’intéressait également aux traditions orientales (L’Esprit du Tao) et aux Beaux-Arts (L’Esprit de la peinture contemporaine, L’Art et ses problèmes – il finit d’ailleurs sa carrière comme professeur d’Esthé-tique à la Sorbonne) ; il publia deux romans ; et ses méditations lyriques sur des sujets comme l’instant et le vide, sont des classiques du genre (Les îles, Inspirations méditerranéennes). Dans les années 30 Grenier faisait partie de l’équipe de la NRF de Jean Paulhan. Cette biographie exploite des archives inédites pour faire revivre non seulement un homme remarquable et une œuvre très riche, mais toute une époque.


Format : 12×17
Nombre de pages : 784 pages
ISBN : 978-2-84418-170-1

 

Année de parution : 2010

Auteur : Garfitt Toby Catégorie :

Description

Chapitre premier

Famille, enfance et jeunesse à Saint-Brieuc

La mer au bord de laquelle j’ai passé mon enfance n’est pas cette mer aux horizons si définis de la Méditerranée, mais l’Océan toujours mobile et incertain.

Inspirations méditerranéennes.

Le nouveau siècle commence mal pour le petit Camille-Jean-Charles Grenier, âgé d’à peine deux ans lorsque son père quitte le foyer familial situé dans un nouveau quartier de Paris, autour du carrefour Censier-Daubenton. Il en aura près de quatre quand le Tribunal d’instance de Lannion prononcera le divorce : à ce moment-là l’enfant parisien a pleinement adopté la vie provinciale de sa famille maternelle, et il sera élevé comme un vrai fils de Saint-Brieuc.
Sa mère, Joséphine-Julie Hüe, appartient à une famille bien établie dans la ville. Le grand-père de Joséphine-Julie, prénommé Julien-Yves, et lui-même fils de Julien Hüe, y était né le 20 Thermidor de l’An 13 (juillet 1805), au moment où les flottes des amiraux Ganteaume et Villeneuve espéraient se réunir au large de la côte bretonne, repousser les forces navales de Sa Majesté britannique, et permettre à l’Empereur d’envahir l’Angleterre. à cette époque la ville de Saint-Brieuc devait encore ressembler au portrait brossé par le « zélé républicain » Joseph La Vallée, marquis de Bois-Robert, en 1793-1794 :
Saint-Brieu, ou Brieuc, ou Brieux, car on le trouve écrit de ces trois manières, aujourd’hui Port-Brieu, est le chef-lieu de ce département. […] Quoique cette commune porte le titre de port de mer, elle est cependant éloignée de l’Océan d’une demi-lieue. Elle est située dans un fond, entourée de montagnes assez élevées pour lui dérober la vue de la mer, à laquelle elle communique par un canal que forme la petite rivière appellée [sic] Goet. Cette ville est passablement bâtie, ces [sic] rues sont assez larges et ses places assez belles. Elle n’a ni fossés ni murailles, ensorte qu’il n’y a nulle ligne de démarcation entre la cité et les fauxbourgs, excepté du côté de celui que l’on appelait Saint-Michel, où l’on avait commencé à élever un mur ou rempart, dont il n’existe qu’un pan à peu près de cinquante toises de long. Le couvent des cordeliers était un des beaux bâtiments de cette commune, et avait un jardin assez agréable et fort spacieux, où ces moines, qui prétendaient vivre d’aumônes, ne laissaient pas toujours entrer ceux qui leur faisaient la charité. Aujourd’hui la raison en a ouvert la porte, et la nation est rentrée dans un bien que l’oisiveté politique avait dérobé à l’industrie crédule.
Jollivet peut encore écrire en 1854 que la ville est « mal percée et mal bâtie », ayant conservé « un grand nombre de ses maisons en bois ». Ce ne sera qu’avec l’arrivée du chemin de fer que Saint-Brieuc pourra vraiment progresser économiquement. Les autorités avaient reconnu l’importance d’une liaison ferroviaire avec Paris dès 1850. La construction de la voie ferrée est une très grande entreprise, comprenant deux ouvrages d’art à proximité de la ville, un premier viaduc d’une quarantaine de mètres de haut sur la vallée du Gouëdic à l’entrée de la ville, et un deu-xième, de 59 mètres de haut et 228 mètres de long, sur celle du Gouet dans la commune de La Meaugéon. Une belle gare dans le style impérial est également prévue. Avec tout le ballast nécessité par la pose des rails, ces ouvrages font le bonheur de huit carrières du pays, et demandent une main d’œuvre importante. Le premier train de voyageurs arrive en septembre 1863, et le Paris-Brest est terminé deux ans plus tard. Une ligne secondaire relie le port du Légué à la ville en 1887.

Informations complémentaires

Poids 300 g