La Vie sexuelle des grands écrivains

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La figure de l’écrivain a imposé à tous l’image d’un être vouant sa vie et ses forces à la littérature et à l’art. Une existence solitaire, bohème ou austère, qu’on en viendrait presque à accuser d’être un cliché. Difficile en effet de croire que cet être, souvent incompris de son vivant, n’a pas eu lui aussi une vie intime émaillée de plaisirs obtenus en dédommagement des lenteurs du succès et des blessures de la destinée. Et l’on brûle de savoir : avant les premiers frissons de la gloire, n’a-t-il jamais connu l’extase des sens et la douce plénitude des sentiments ?

 


Format : 12 x 17
Nombre de pages : 160 pages
ISBN : 978-2-84418-171-8

 

 

Année de parution : 2009

Auteur : Lefrançois Marc Catégorie :

Description

Au moment où vous lisez ces lignes, vous parviennent peut-être de l’appartement voisin des bruits suspects qui ne laissent aucun doute sur la façon dont le couple d’à côté à décidé de passer la soirée. Il n’est alors pas impossible que vous regrettiez cette activité solitaire qu’est la lecture. Bien sûr, vous savez combien elle peut-être enrichissante et stimulante et combien elle peut vous apporter de plaisir, mais il faut avouer qu’à ce moment-là vous êtes très probablement pris du vague désir d’abandonner votre livre afin de vous adonner, vous aussi, à une activité moins intellectuelle. Imaginez maintenant que ce soit un auteur qui entende ces bruits. Un jeune écrivain plein de fougue et d’enthousiasme qui a néanmoins décidé de consacrer ses soirées à écrire un roman ou un essai dont il veut à tout prix terminer la rédaction. Peut-il, lui aussi, tout laisser tomber et prendre ainsi le risque de ne jamais achever son projet ? Le choix est difficile car il sait sûrement combien est dangereuse toute procrastination prous-tienne. On se dit « on verra ça demain » et le petit ouvrage auquel on s’attelle devient un véritable rocher de Sisyphe, un gros boulet qu’on traîne derrière soi pendant des semaines et des semaines… Écrire n’est pas un acte gratuit. Cela fait penser à une interview dans laquelle Fabrice Luchini racontait qu’un soir où il travaillait seul à l’écriture d’une pièce, lui étaient parvenus les mêmes bruits et qu’il avait perçu alors avec douleur toute l’ampleur du sacrifice qu’exigeait la littérature et la vie d’artiste. Incapable de faire comme Philippe Sollers et de concilier une vie de luxure avec une vie d’écriture, Luchini n’avait eu d’autre choix que de se tourner vers le cinéma où non seulement l’art n’est pas incompatible avec le plaisir des sens, mais en est, en quelque sorte, son double obligé, son jumeau lumineux… En tout cas, en ce qui concerne la littérature, il faut reconnaître avec Rilke que « les œuvres d’art sont d’une infinie solitude » et qu’elles exigent beaucoup, beaucoup de sacrifices. Certes, pour certains ce sacrifice est considéré comme obligatoire et indispensable à toute création. Pour Mircea Eliade, l’abstinence sexuelle est considérée comme quelque chose de positif et bénéfique car permettant en gros d’engranger des forces magiques destinées à féconder toute l’œuvre à venir. Comme diraient les chinois, il ne faut pas gaspiller en vain son yang… Peut-être lecteur lui aussi des philosophes taoïstes, voilà le conseil que donna Flaubert à un autre homme de lettres, Ernest Feydeau, très porté sur la bagatelle : « Prends garde d’abîmer ton intelligence dans le commerce des dames. Tu perdras ton génie au fond d’une matrice… Réserve ton priapisme pour le style, fous ton encrier, calme-toi sur la viande, et sois bien convaincu […] que : une once de sperme perdu fatigue plus que trois litres de sang. » « Calme toi sur la viande »… Les lectrices apprécieront… Où Flaubert a-t-il trouvé sa madame Bovary ? Au rayon charcuterie de son supermarché ? En tout cas l’auteur, qui bien sûr ne songe pas un seul instant à appliquer ses propres conseils, donne le même avis à son ami Maupassant : « Vous vous plaignez du cul des femmes qui est monotone. Il y a un remède bien simple, c’est de ne pas vous en servir… Il faut, entendez-vous, jeune homme, il faut travailler plus que ça… Trop de putains, trop de canotage, trop d’exercice ! Vous êtes né pour faire des vers, faites-en ! » Et il développe. Pour un artiste, il n’y a qu’un principe à respecter : tout sacrifier à l’art. Sans doute est-ce la raison pour laquelle on a souvent associé l’idée d’écriture avec l’idée d’ascèse ; un écrivain est quelqu’un qui a décidé de tracer un trait sur tout ce qui pourrait l’éloigner de sa création, tout ce qui pourrait amoindrir son pouvoir créateur. Il y a indiscutablement quelque chose de messia-nique dans cette volonté d’aller jusqu’au bout de son idéal qui veut que « mieux vaut se perdre dans sa passion que perdre sa passion »… Mais les artistes ne sont pas des anges asexués. En effet, et c’est assez curieux, l’histoire de la littérature nous donne très peu d’exemples d’authentiques ascètes. Il est vrai que Balzac se vantait de rentrer en littérature comme on entre en religion, et l’on connaît tous le tableau le Boulanger où on le voit avec sa robe de bure ; mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est surtout là un déguisement pour épater la galerie et il semble bien qu’il ait été particulièrement dangereux pour une jeune femme de s’approcher un peu trop près de ce faux moine… Les poètes ne sont pas non plus de purs êtres éthérés, même les plus grands. Un soir, Louise Colet a l’imprudence de prendre le même fiacre qu’Alfred de Musset. Comme elle est très coquette et aime séduire, elle entreprend par pur jeu d’émoustiller le poète et cela réussit, bien au-delà de ce qu’elle aurait souhaité. Comme à son habitude, Musset est complètement ivre et il ne lui faut pas longtemps pour devenir particulièrement entreprenant et oublier que cette femme n’est plus de la première jeunesse. Il l’est hélas bien trop pour cette coquette qui n’avait pensé qu’à un simple amusement de femme galante. Elle se débat et cela ne fait que stimuler le poète qui en oublie toute retenue ; il n’a plus qu’une pensée : la violer sur le champ. Louise Colet n’a alors plus qu’une solution, c’est de sauter du fiacre en marche et ainsi se retrouve-t-elle place de la Concorde, les habits en partie déchirés et boitant d’une jambe. Elle ne portera pas plainte mais racontera l’affaire à un de ses nombreux amants, Flaubert, qui pour une fois se montrera jaloux : « J’éprouve le besoin de l’assommer… je le bâtonnerais avec délices ». Fort heureusement Flaubert est particulièrement occupé par la rédaction de ce roman qui n’avance pas, Madame Bovary, et ne pense pas à provoquer Musset en duel. On échappe de peu à un drame terrible dans lequel on aurait pu faire perdre deux de nos plus grands écrivains ! Ces duels d’honneur sont terribles. Les russes ont perdu Pouchkine ainsi, et là encore pour une histoire de femmes, on a failli perdre Marcel Proust qui s’est battu au pistolet pour une histoire… d’hommes… Fort heureusement, la mode des duels d’honneur est terminée, mais on peut dire, hélas, que l’époque des grands écrivains l’est également… Non, les poètes ne sont ni asexués ni désintéressés. Il est amusant, par exemple, de penser que le poème d’Éluard qui inspira tant de résistants fut composé en réalité pour une femme dont il bénéficiait des faveurs. De liberté il n’était pas vraiment question : « Sur mes cahiers d’écolier Sur mon pupitre et les arbres Sur le sable sur la neige J’écris ton nom Rose. » Cela dit, on connaît le nom de certains écrivains qui n’eurent pour ainsi dire pas de vie sexuelle comme Emmanuel Kant, Andersen ou Marcel Proust, mais la plupart du temps, il faut plus y voir l’expression d’un vice, le fantasme étant pour eux plus fort que la sexualité vécue, le témoignage d’une impuissance (Romain Gary le serait devenu à force de se masturber) ou d’une grande niaiserie (Andersen n’aurait perdu sa virginité qu’après trente ans). On se pose souvent la question de savoir si Stendhal, auteur d’Armance, le roman de l’impuissance, a réellement souffert de troubles de l’érection. Certains avancent que c’est en lui-même qu’il aurait trouvé le sujet de son roman, ainsi que le suggère une lettre écrite à son ami Mérimée dans laquelle il évoque les secours que l’imagination peut apporter à l’amour physique : « Les moyens auxiliaires… Une main adroite, une langue officieuse… Trois compliments en une nuit… Le Babilan ne doit pas être cocu… Un beau godemiché portugais en gomme élastique”

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Poids 101 g