Egalité des hommes et des femmes

« Fille d’alliance » de Montaigne, Marie de Gournay (1565-1645) ne fut pas seulement l’amie, voire peut-être plus de l’auteur des Essais, mais aussi une femme de lettres indépendante et brillante, à une époque où il était mal vu qu’une personne du sexe faible écrivît. Ses pamphlets prônant l’égalité complète entre hommes et femmes font d’elle une pionnière d’un féminisme éclairé et courageux.
Elle fut un esprit libre et érudit qui a su mettre sa vie en cohérence avec sa réflexion. Et c’est en cela qu’elle reste d’une modernité salutaire.

Présentation par Thierry Gillybœuf

Format : 10,5 x 17
Nombre de pages :  65 pages
ISBN : 978-2-84418-420-72

Année de parution : 2021

6,50 

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Extrait :

La plupart de ceux qui prennent la cause des femmes, contre cette orgueilleuse préférence que les hommes s’attribuent, leur rendent le change entier, renvoyant la préférence vers elles. Moi qui suis toutes extrémités, je me contente de les égaler aux hommes, la Nature s’opposant en la matière autant à la supériorité qu’à l’infériorité. Que dis-je ? il ne suffit pas à quelques gens de leur préférer le sexe masculin, s’ils ne les confinaient encore par un
arrêt irréfragable et nécessaire à la quenouille, ou même à la quenouille seule. Mais ce qui peut les consoler contre ce mépris, c’est qu’il ne se fait que par ceux d’entre les hommes auxquels elles voudraient moins ressembler : personnes à donner vraisemblance aux reproches qu’on pourrait vomir sur le sexe féminin, s’ils en étaient, et qui sentent en leur cœur ne pouvoir se recommander que par le crédit de l’autre sexe. D’autant qu’ils ont ouï trompeter par les rues que les femmes manquent de dignité, manquent aussi de suffisance, voire du tempérament et des organes pour arriver à celle-ci, leur éloquence triomphe à prêcher ces maximes, et d’autant plus opulemment que dignité, suffisance, organes et tempérament sont de beaux
mots ; n’ayant pas appris d’autre part que la première qualité d’un malhabile homme, c’est de cautionner les choses sous la foi populaire et par ouï-dire. Parmi les roulades de ces hauts devis, oyez tels cerveaux comparer ces deux sexes : la plus haute excellence à leur avis où les femmes puissent arriver, c’est de ressembler au commun des hommes, ils sont aussi loin d’imaginer qu’une grande femme puisse se dire grand homme, le sexe
changé, que de consentir qu’un homme puisse s’élever à l’étage d’un Dieu. Gens plus braves qu’Hercule vraiment, qui ne défit que douze monstres en douze combats, tandis que d’une seule parole ils défont la moitié du monde. Qui croira cependant que ceux qui veulent s’élever et se fortifier par la faiblesse d’autrui, puissent s’élever ou se fortifier par leur propre force ? Et le bon est qu’ils pensent être quittes de leur effronterie à vilipender ce
sexe, usant d’une effronterie pareille pour se louer et se dorer eux-mêmes ; je dis parfois en particulier comme en général, voire à quelque tort que ce soit, comme si la vérité de leur vanterie recevait mesure et qualité de son impudence. Et Dieu sait si je connais de ces joyeux vantards, et dont les vanteries sont tantôt passées en proverbe, entre les plus échauffés au mépris des femmes. Mais quoi, s’ils prennent droit d’être hommes galants
et suffisants, de ce qu’ils se déclarent tels comme par édit, pourquoi n’abêtiront-ils pas les femmes par le contrepied d’un autre édit ?

Poids 90 g
Auteur

De Gournay Marie

Éditeur

Collection La Petite Part