Le clan des poissards

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« Trotski se réveille avec le bourdon, sans trop savoir pourquoi. Le Stade a perdu et la soirée malouine a été un peu ratée, mais ce n’est pas seulement ça. Des défaites et des déceptions, il en a toute une collection. Non, ça semble être plus profond et venir de plus loin, un début de moins bien. Trotski l’insubmersible, le petit roc d’un mètre soixante-huit, celui qui se relève de tout, vacille sur lui-même sans mettre le doigt sur ce qui le fait tanguer. »

Dans ce roman, construit comme une chronique des années 2000, il est question d’amour et de PMU, d’espoirs tagués en rose, d’une équipe de foot qui ne gagne pas assez, mais d’une pluie qui tombe trop souvent, d’un quartier qu’on ne veut pas quitter et de lotissements où l’on s’enterre vivant.

Le Clan des Poissards est une histoire d’amitié avant tout, de quatre hommes unis par un lien qui ne se lisse pas au fer à repasser mais se ressoude au chalumeau.

 

Format : 12 x 17
Nombre de pages : 224 pages
ISBN : 978-2-84418-251-7

Année de parution : 2012

Auteur : Sourdin Jeff Catégorie :

Description

2000

Janvier 2000.Nouveau millénaire. Retour sur terre pour les rêveurs, les illuminés et les prédicateurs. La kyrielle d’attentes les plus folles a rejoint, au fond du placard, les guirlandes et les décorations de fin d’année. Le bug informatique a fait flop, la fin du monde pschitt et le bouchon de champagne le même pop que l’an passé. Le nouveau millénaire démarre avec un tiercé gagnant, métro, boulot, dodo, identique au précédent et le dernier progrès social en date – la semaine des trente-cinq heures – peine à mettre du baume au cœur des travailleurs.

1

Lundi après-midi, Trotski, penché à la fenêtre de sa piaule, observe les travaux du nouveau complexe immobilier qui se construit en face de chez lui. Depuis trois semaines, avec une curiosité grandissante, il surveille l’avancée du chantier sans réussir à satisfaire ses nombreuses interrogations. L’absence de balcon l’oblige à adopter une position inconfortable en équilibre précaire, le buste penché à la fenêtre et le corps hissé sur la pointe des pieds, position qu’il ne peut supporter plus de cinq minutes sans risquer la tétanie. Mais peu importe, Trotski, tel Malinowski bloqué sur son île, a le sens du devoir et – la circulation sanguine passablement coupée – il porte son regard d’un bout à l’autre du chantier en compilant des informations qu’il soumettra plus tard à une analyse poussée, bien assis sur son canapé. L’ancien terrain vague est devenu un grand cimetière, vaste trou de terre dans lequel des ouvriers en gilet jaune s’affairent comme dans une fourmilière. Le terrassement effectué, le sol nivelé, le flot de camions est devenu ininterrompu depuis quelques jours. Les cabanes de chantier ont poussé comme des champignons et des tas de sable et de graviers ont été semés un peu partout sur le site. à l’endroit même où les arbres dépareillés donnaient du charme à cet espace abandonné, des montagnes d’agglos et de matériaux sont sorties de terre. L’ancien terrain vague ouvert aux quatre vents est devenu un espace fermé et grillagé, comme placé sous le sceau du secret, suscitant la curiosité du quartier. à 16h30, la sentinelle Trotski quitte sa position, ouvre le frigo et saisit un bock de bière en pensant à Malinowski qui devait avoir, lui aussi, ses ficelles pour agrémenter son quotidien. Ses mains sont bleues d’avoir passé l’après-midi à l’extérieur. Trotski boit par petites gorgées, prenant soin de faire durer sa boisson pour occuper le début de la soirée. Son téléphone portable choisit ce moment-là pour se mettre à tourner sur lui-même et émettre sa plainte caractéristique. Trotski décroche d’un geste flegmatique, trait qui le caractérise le mieux. – Monsieur Trotterie ? – Lui-même. – L’Agence d’Intérim Tous Au Boulot. Nous avons une proposition pour vous. – Oui ? – Le tri postal recherche un agent pour ce soir. – à quelle heure ? – 20 heures et le contrat est pour la semaine. – Ça va pas être possible. – Vous travaillez ? – Non, mais je suis très occupé en ce moment, ça va pas être possible. – Vous êtes sûr ? C’est déjà la troisième annonce que vous refusez chez nous. – Oui, oui, certain, au revoir. La soirée s’avance et le jour recule à petits pas, les ouvriers ramassent leurs outils et convergent à grandes enjambées vers les cabanes de chantier. Les casques quittent les têtes, les mains se serrent et les vieilles voitures ne tardent pas à vrombir. Trotski achève sa bière avec le sentiment de connaître ces travailleurs. Il a partagé un peu de leur journée à la lumière blanche de l’hiver. 18 h, l’heure de descendre faire quelques emplettes, le frigo est toujours un peu vide lorsqu’on vit à flux tendu. Une pizza, des yaourts et quelques bières feront l’affaire. Jamais de courses dans l’après-midi, Trotski n’aime rien de mieux que se mêler aux travailleurs. En dépit des apparences, il accomplit beaucoup d’efforts pour faire partie de ce monde.

Informations complémentaires

Poids 101 g