Pérégrination avec C. G. Jung

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Quel est le fil conducteur qui a assuré à la vie et à l’œuvre de Jung son unité ? Et de quelle sorte d’unité s’agit-il lorsque ce qui sous-tend la démarche ce sont des conflits d’opposés dont la violence se manifeste sous des formes multiples, avec la souffrance et les déchirures qui les accompagnent.
L’unité du projet n’est donc pas une unité réalisée mais à réaliser. C’est un processus enclenché très tôt, dès l’enfance, et qui a amené Jung, au terme de sa vie, à le nommer comme un mysterium, non pas au sens d’une énigme à trouver, mais d’un opus vers lequel on ne peut que tendre avec crainte et humilité. C’est une quête dont le résultat n’est pas donné d’avance, un voyage exploratoire dont on découvre qu’il n’est pas un itinéraire aux étapes jalonnées au préalable. Ce voyage est une pérégrination, un va-et-vient sans idée préconçue.

 


Format : 14×19
Nombre de pages : 140 pages
ISBN : 978-2-84418-244-9

 

Année de parution : 2011

Auteur : Boureille Claude Catégorie :

Description

Chapitre 1
Viaticum1
Cadre de la recherche et problème du langage
L’œuvre de C.G. Jung, monumentale par son étendue et par sa complexité, présente des aspects si déroutants qu’elle a suscité de multiples critiques de la part des interlocuteurs dont il pouvait attendre une écoute éclairée.
De cette incompréhension ont résulté des conséquences dont la plus immédiatement apparente a été et est encore, en grande partie, la difficulté à donner à cette œuvre le retentisse-ment qu’elle mérite. Sans parler des contresens innombrables qui ont été faits dans l’interprétation d’une pensée dont la portée novatrice est considérable.
Il faut noter, pour commencer, que Jung, le premier, s’est beaucoup plaint de l’accueil fait à son œuvre, souvent très amèrement, notamment au cours des dernières années de sa vie, et principalement après la publication de son livre sur Job, au long des lettres qu’il adressait à des collègues et correspondants dont il espérait ouverture et compréhension, et principalement les spécialistes du phénomène religieux que sont les théologiens. Il n’a pas ménagé ses efforts pour se faire comprendre, apportant à l’explication du sens de sa démarche une inlassable patience, sans succès le plus souvent. Il tente alors de s’expliquer les causes d’un aveu-glement si général. C’est ainsi qu’il constate : « J’ai été taxé par ces critiques moyenâgeux tantôt de mystique et gnostique, tantôt d’athée […]. Une telle méprise témoigne d’un manque de culture certain de qui ignore tout de la critique épistémologique et qui admet donc naïvement que le mythe doit être historiquement vrai, sinon il n’est rien. »2
Il note, par ailleurs, le décalage frappant entre la montée de la connaissance intellectuelle et l’inconscience dans laquelle sont restés les fondements instinctifs de la psyché. Contraste qui n’a cessé de s’accentuer entre la civilisation technique, dont la progression de nos jours s’effectue à une vitesse jamais atteinte jusqu’alors et l’immaturité affective qui l’accompagne. Jung en avait prévu les effets par les catastrophes mondiales dont le vingtième siècle fut le théâtre. Ses craintes pour l’avenir se sont avérées fondées et le sont encore.
Des incompréhensions rencontrées, des contresens faits sur son œuvre, Jung a donc bien analysé une des causes majeures. Il convient, toutefois, de se retourner sur l’œuvre elle-même et de s’interroger sur ce qui en elle a pu susciter de telles difficultés. Cela implique d’aborder la question du langage, de son caractère, de ses conditions de possibilité et de ses différentes formes, en fonction de son objet : la connaissance ; ce qui déborde sur une question épistémologique.
Une première approche du langage de Jung amène à substituer le pluriel au singulier. Il utilise, en effet, toute une gamme de langages qui relèvent de différents domai-nes : philosophique, théologique, métaphysique, psychologique, scientifique, sans oublier les langages esthétiques sous forme critique et, plus concrètement et directement, dans une expression personnelle de la peinture, la sculpture, l’architecture. Ceci se produit à l’intérieur d’un même texte où les images provenant de l’inconscient alternent avec les explications relevant de différents registres. Au cours du même ouvrage le déroulement logique de la pensée cède la place aux irruptions irrationnelles, parfois selon un mode très répétitif, avec une surabondance de références et de citations qui peut lasser le lecteur d’un discours dont il risque de perdre le fil et l’objet. Il faut une lecture approfondie de l’ensemble de l’œuvre pour saisir l’étendue et la portée de la recherche. Ce qui la rend plus déroutante encore, c’est qu’après avoir défini les limites épistémologiques dans lesquelles s’inscrit son analyse, Jung les fait exploser pour se confronter avec ce qu’il paraît prendre pour une représentation directe d’une réalité objectivement connaissable. Ceci apparaît de façon spectaculaire, par exemple, dans le livre Réponse à Job qui a tellement dérou-té  tant de théologiens, entraînant même la brouille avec l’un d’eux, ami de longue date, le Père H. White. Jung, dans le déroulement du texte sort du cadre défini dans son intro-duction, pour entrer dans l’expérience même qui seule permet d’en saisir toute la portée et le sens.

Informations complémentaires

Poids 101 g