La ligue des rouquins

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La Ligue des Rouquins est sans doute l’une des plus surprenantes aventures et enquêtes de Sherlock Holmes. L’histoire est des plus déconcertantes. Le ton est drôle, l’intrigue burlesque, et grâce à la rousseur de nombre de personnages, l’histoire s’avère haute en couleurs et perd volontiers le lecteur dans ses péripéties. Mais derrière ce qui pourrait n’apparaître que comme une farce, le célèbre détective s’apprête à découvrir une redoutable et machiavélique entreprise criminelle qui est l’œuvre d’une intelligence exceptionnelle…


Format : 10,5 x 15

Nombre de pages : 72 pages
ISBN : 978-2-84418-312-5

Année de parution : 2015

Auteur : Doyle Conan Catégories : ,

Description

L’an dernier, par une journée d’automne, j’allai rendre visite à mon ami Sherlock Holmes et le surpris en pleine conversation avec un gros monsieur, d’âge moyen, au visage rubicond et aux cheveux d’un roux très vif. Je m’apprêtais à me retirer en m’excusant de mon intrusion, quand Holmes m’at­­tira brusquement dans la pièce et referma la porte derrière moi.
« Vous n’auriez pas pu arriver à un meilleur moment, mon cher Watson », me dit-il d’un ton cordial.
« Je craignais que vous ne fussiez très occupé.
– De fait, je suis extrêmement occupé.
– Dans ce cas, je peux attendre à côté.
– Pas du tout. Ce monsieur, M. Wilson, a été mon associé et collaborateur dans nombre d’affaires que j’ai réussi à démêler, et je ne doute pas qu’il me sera d’une grande utilité dans la vôtre ».
Le monsieur corpulent se leva à moitié de son siège et esquissa un salut, en jetant un rapide regard interrogateur de ses petits yeux noyés dans la graisse.
« Asseyez-vous sur le canapé », dit Holmes, tout en s’installant dans son fauteuil et en joignant la pointe des doigts comme il avait coutume de le faire quand il était d’humeur judiciaire. « Je sais, mon cher Watson, que vous partagez mon amour de tout ce qui est bizarre et qui sort du convenu et de la routine monotone de la vie quotidienne. Vous l’avez montré par l’enthousiasme qui vous a poussé à faire le récit de tant de mes petites aventures, en les embellissant – ne m’en veuillez pas de dire cela.
– Vos affaires ont toujours eu un grand intérêt pour moi », lui ai-je répondu.
« Vous vous souvenez de cette remarque que j’ai faite, juste avant que nous nous attaquions au problème fort simple exposé par miss Mary Sutherland : pour ce qui est des effets étranges et des associations extraordinaires, nous avons la vie réelle à notre disposition, qui dépasse de loin tout ce que l’on pourrait imaginer.
– Une proposition sur laquelle je me suis permis d’émettre quelques doutes.
– Parfaitement, Docteur, mais vous n’en avez pas moins été obligé de vous ranger à mon avis, car le cas échéant, je n’aurais de cesse de vous asséner les faits les uns après les autres jusqu’à ce que votre raison cède sous leur poids et admette que j’ai raison. À présent, M. Jabez Wilson a eu la gentillesse de venir me voir ce matin et de commencer un récit qui promet d’être l’un des plus singuliers que j’aie entendu depuis bien longtemps. Vous m’avez entendu dire que les choses les plus étranges et les plus uniques vont souvent de pair non pas avec les plus grands crimes mais avec les plus petits au point, parfois, de douter qu’un crime ait été commis. Pour autant que je sache, il m’est impossible de dire si le cas présent est ou non un crime, mais l’enchaînement des événements compte assurément parmi les plus
singuliers que j’aie entendus. Auriez-vous l’extrême obligeance, M. Wilson, de recommencer votre récit ? Je vous le demande non seulement parce que mon ami, le Dr Watson, n’en a pas entendu le début, mais aussi parce qu’étant donné la nature particulière de cette histoire, je tiens à en entendre de votre bouche les moindres détails. En règle générale, quand j’ai entendu ce qui s’est produit dans les grandes lignes, je suis capable de me guider en m’appuyant sur les milliers d’autres cas similaires qui me reviennent en mémoire. Mais dans le cas présent, force m’est d’admettre que les faits sont absolument uniques ».
Le client corpulent bomba la poitrine avec une pointe d’affectation et tira de la poche intérieure de sa redingote un journal sale et froissé. Tandis qu’il regardait la colonne des annonces, la tête penchée et le journal grand ouvert sur les genoux, je pris le temps de l’observer et tentai, en reprenant la méthode de mon camarade, de déchiffrer les indications qu’étaient susceptibles de donner sa tenue vestimentaire ou sa personne.
Mais mon inspection ne fut guère fructueuse. Notre visiteur avait toute l’apparence d’un commerçant anglais moyen et ordinaire : obèse, pompeux et lent. Il portait un pantalon gris assez large, une redingote noire déboutonnée sur le devant, qui n’était pas d’une propreté exemplaire, et un gilet de couleur terne avec une lourde chaîne Albert en cuivre et un morceau de métal carré et percé qui pendillait comme une breloque. Un chapeau haut-de-forme élimé et un pardessus d’un brun passé avec un col de velours froissé étaient posés sur une chaise près de lui. Toujours est-il que je pouvais regarder tant que je voulais : il n’y avait rien de remarquable chez cet homme, si ce n’est sa tête d’un roux vif et l’expression de chagrin et de mécontentement extrêmes qui se lisait sur ses traits.
Avec sa vivacité légendaire, Sherlock Holmes comprit à quoi j’étais occupé et il secoua la tête quand il vit que je lui adressais un regard interrogateur. « Outre le fait évident que, à un moment de sa vie, il a travaillé de ses mains, qu’il prise, qu’il est franc-maçon, qu’il s’est rendu en Chine et qu’il a beaucoup écrit ces derniers temps, je ne puis rien déduire d’autre ».
M. Jabez Wilson bondit de sa chaise, l’index pointé sur le journal, mais le regard tourné vers mon camarade.
« Comment diable, au nom du ciel, savez-vous tout cela, M. Holmes ? », demanda-t-il. « Comment savez-vous, par exemple, que j’ai travaillé de mes mains ? Ma parole, c’est bel et bien vrai car j’ai commencé comme charpentier dans la marine.

Informations complémentaires

Poids 90 g