Correspondance (1927 – 1969) (Jean Grenier – Jean Guéhenno)

Jean Grenier et Jean Guéhenno font connaissance chez Daniel Halévy en 1927. Avec leurs attaches bretonnes, leur humanisme profond et leur désir de s’exprimer par l’écriture, ces deux professeurs agrégés sympathisent tout de suite. Le futur maître à penser d’Albert Camus mise surtout sur les valeurs éternelles, tandis que l’auteur de Caliban parle vient de signer avec leur ami commun Louis Guilloux et 158 autres la pétition d’Europe contre une loi qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Grenier fera partie de l’équipe de Paulhan à la Nrf mais soutiendra l’action de Guéhenno devenu directeur d’Europe. Guéhenno, délogé de son poste en 1936, saluera le courage de Grenier qui dénonce l’emprise des « orthodoxies ». Au centre de leur réflexion à tous deux se trouve l’homme – avec les concepts qui s’y rattachent : l’humain, l’humanisme, l’humanité, les humanités. Ce qui ressort de cette belle et émouvante correspondance est justement une démonstration (plutôt qu’une définition) de l’humain, au cœur d’un siècle où cette valeur ne cesse d’être mise en question.

 

Format : 12 x 17
Nombre de pages : 256 pages
ISBN : 978-2-84418-236-4

 

Année de parution : 2011

16,00 

Catégorie :
1927

1. Jean Grenier à Jean Guéhenno

Mardi 1er [novembre 1927]

Mon cher Guéhenno,

Je suis désolé de n’avoir pu vous rendre visite hier, d’autant plus que c’est pour un motif tout-à-fait stupide. Je venais de dîner chez des amis auprès de la place Pigalle et j’ai pris un taxi pour aller chez vous – mais le chauffeur n’avait jamais entendu parler de votre rue qui n’était même pas portée sur son indicateur. Même histoire avec tous les taxis de la place et les agents de ville et même le Bottin. (Faites l’expérience !) Je suis allé jusqu’à téléphoner au Commissariat central du XIXe que je supposais être votre arrondissem[en]t. Même ignorance –
Ce matin Guilloux me donne le sésame : il faut demander la Place des Fêtes. Que ne me l’aviez-vous dit ? – Cette lettre va donc vous arriver sûrement. Mais je regrette la soirée que j’aurais pu passer avec vous.
Bien vôtre –

J. Grenier
Vous pouvez toujours me voir ou me téléphoner à la nrf – ou Hôtel du Cèdre, 1 rue Lacépède.

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2. Jean Grenier à Jean Guéhenno

Lundi [décembre 1927]

J’ai reçu un coup de téléphone de Mme Halévy ou de vous ? En tout cas je serai demain chez elle – mais pas avant 6 heures.

Mon respectueux souvenir à votre femme.

J.G.

1928

3. Jean Grenier à Jean Guéhenno

12.1.[19]28

Mon plus amical souvenir.
Je scie et rabote du bois et je compulse les Baedeker (la lecture la plus passionnante du monde).

J. Grenier

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4. Jean Grenier à Jean Guéhenno

Mercredi [?février 1928]

Mes chers amis (si vous me permettez cette familiarité), impossible de venir ce soir – Je pars pour Jouy et laisse ce pneu à la n.r.f. pour être jeté à la poste.
Je ne crois pas que le domaine réservé soit une idée nouvelle – de notre bourgeoisie. Quand Socrate parle à l’esclave c’est condescendance et exemple. Les classes restent intactes et séparées.
A mesure que les choses se rapprochent et que les riches cèdent, l’antagonisme intellectuel augmente – domaines réservés. On n’en sort que par des révolutions. – Voilà ce que je voulais dire.
Quand vous verrez Chamson faites-lui mes amitiés.

Bien à vous. J.G.

J’ai fait vos commissions.

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5. Jean Grenier à Jean Guéhenno

Warszawa, 22.3.[19]28

Très cordial souvenir.

J.G.

P.S.Ne venez jamais par ici.

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Poids 101 g
Auteur

Guéhenno Jean

Éditeur

Collection La Part Classique