Chants de la Pluie et du Soleil

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Ouvrir les Chants de la Pluie et du Soleil, c’est tomber dans une mine où l’on puiserait longtemps sans l’appauvrir. Ce sont des poèmes en vers ou en prose, mais où le souci de l’expression est toujours dominé par la volonté de dire quelque chose de nouveau. Le thème fondamental est la joie de vivre, d’être un homme libre, fier, qui ne songe qu’à accomplir son destin naturel, en aimant la beauté, en jouissant de tous les plaisirs des sens et de l’intelligence, et cela sans mesure, sans hypocrisie, avec une fougue ignorante de tous les ménagements et de toutes les morales. C’est un livre tumultueux, grondant, qui donne l’impression d’une gare immense pleine de locomotives, de sifflements, de cris et de baisers d’adieu ou de retour. On peut le comprendre aussi selon son vrai titre ; il est bien de pluie et de soleil (il y a des pages lumineuses, il y en a de troubles), mais à condition qu’on y joigne l’idée d’une foule en rut qui s’exalte dans la poussière ou hurle dans la boue.

 

Format : 12 x 17
Nombre de pages : 272
ISBN : 978-2-84418-195-4

 

Année de parution : 2010

Auteur : Rebell Hugues Catégorie :

Description

Le prisonnier qui, après avoir forcé des portes, trompé ses gardiens, franchi vingt clôtures, retrouve enfin le soleil, l’air libre et le sourire d’une jeune femme, n’a pas cette plénitude de bonheur que ressent mon esprit, au sortir de la geôle douloureuse où il a gémi des années.
On a peine à se figurer un amoureux des ténèbres, un homme qui se fait enfermer par plaisir dans un cachot. Tel étais-je pourtant et tel sont encore beaucoup de mes contemporains.
Comment pourront-ils sortir ? Quel bon Génie les poussera dehors ? je ne sais. J’avais du moins pour moi dans ma sombre cellule, l’impatience, le désir de la lumière, mais pour les yeux dont je parle l’obscurité est bienfaisante ; la vue de ces gens est si fatiguée que peut-être ne s’habitueraient-ils pas aisément au grand jour.
Pauvres prisonniers volontaires ! que je vous plains. Vous imaginez dans votre nuit mille fantômes qui ne vous divertissent qu’à demi ; vous vous créez un para-dis futur qui a tout l’éclat des vieilles toiles vingt fois retouchées, une âme idéale et gauche de jeune pensionnaire, une morale pour les anges, un état à l’usage des impotents qui désirent prolonger leurs infirmités, ce sont là des conceptions fort intéressantes, mais je vous assure, si vous pouviez marcher, si vous pouviez voir, vous auriez pour elles moins d’enthousiasme.
Oh ! si vous n’étiez pas des aveugles, si vous connaissiez le vaste Monde, si parfois vous aviez senti l’écume vous fouetter le visage et aspiré l’haleine salée du vent de mer, si vous aviez parcouru les cités immenses, – les villes du travail et les villes de la jouissance ! – comme votre grave rêverie vous paraîtrait puérile, et vain, ce songe que vous faites chaque jour, d’une humanité qui n’est pas humaine, d’une société qui n’est pas sociable.
Alors vous rougiriez de vos mépris et vous ne flagelleriez pas votre corps parce qu’il veut vivre, et vous ne maudiriez pas la Nature, parce qu’en réglant l’ordre des choses, elle oublia de vous consulter. Vous laisseriez le vice et la vertu s’épanouir selon l’intention divine et vous vénéreriez les héros comme les manifestations les plus complètes de la Beauté.
Mais je ne m’attends point à être écouté de vous. Je chante pour moi-même, ayant besoin de dire ma délivrance. Seulement, j’en ai l’espoir, ceux qui ne sont point malades et en qui la nature resplendit, écouteront mes paroles. Que ceux-là me pardonnent ces tristesses et ces colères qui, bien que courtes, peuvent leur sembler misérables et sans signification. Ma pensée est depuis longtemps au-dessus de ces mouvements tout instinctifs, mais elle les admet comme des aiguillons nécessaires pour nous presser à vivre, c’est même sur eux qu’elle compte pour édifier son repos et sa joie.
Cette joie de ma pensée, les variations de mon être inférieur ne sauraient la démentir. Ne se retrouve-t-elle pas avec la Pensée de tous les temps pour confesser les éternelles vérités ? Qu’importe que des âmes volontairement obscurcies ne perçoivent pas l’éblouissante lumière ? Qu’importe que les foules soient d’âge en âge souillées de préjugés comme le corps se couvre de poussière ? Dans mon apparente solitude je suis tranquille : l’affirmation de tant de nobles ombres m’encourage.
ô Monde ! elles mentaient les voix du soir qui dirent au pilote que le grand Pan était mort. Il dormait seulement, se reposant sur son œuvre, après avoir fait la Grèce, après avoir fait Rome. Mais j’ai surpris son tressaillement, il va se réveiller et les Aveugles ont beau chanter maintenant leurs romances pleurardes ; ces membres impatients d’action, où tout à l’heure s’accomplira l’œuvre merveilleuse de vie, annoncent à l’humanité des jours de triomphe. La terre va être arrosée de sang nouveau et de nouvelles roses vont fleurir.
Munich, 10 septembre 1893.

Informations complémentaires

Poids 101 g