Le Lapin au thym

Au cœur des paysages provençaux, Angèle s’enfonce dans une quête obsessionnelle pour retrouver l’esprit de son père disparu prématurément. Elle peut compter sur des amitiés indéfectibles, piliers solides face aux doutes qui l’assaillent.
C’est pourtant son amour passion avec Jean qui va tout bousculer : cette relation intense devient son salut autant que son fardeau, la condamnant à choisir entre la nostalgie d’un passé fantôme et l’urgence de vivre au présent.
Née en 1962 à Nancy, Fabienne Vallance cultive passionnément son amour des mots et des autres.
Après des études de Lettres, elle s’essaiera à l’écriture en marge de sa carrière de documentaliste.
Aujourd’hui, elle se lance dans une nouvelle aventure littéraire avec la publication de son premier roman « Le Lapin au thym ».

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Format : 14×20,5
Nombre de pages : 114 pages
ISBN : 978-2-84418-539-6

Année de parution : 2026

14,00 

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1
Chaque été, depuis ses 9 ans, c’était la même affaire ; Angèle, qui ne pensait qu’à cela tout le reste de l’année, s’y préparait depuis le mois de septembre, date à laquelle elle reprenait l’école et avait dû, une fois encore, se résoudre à quitter son éden et ses grands-parents paternels pour rentrer en Lorraine. Pas une année, sa mère n’avait manqué de l’y emmener, tenant coûte que coûte à préserver ce lien.
Bien qu’elle y vienne aux vacances d’hiver, l’été restait pour elle le temps de tous les possibles. Retrouver ce coin de paradis, cet endroit béni où elle se sentait libre ; libre d’aller et venir, du matin au soir, de baguenauder à travers les hameaux et la garrigue en compagnie de ses inséparables amis, source de toutes ses émotions. Libre de ne rentrer que pour engloutir quelques tomates confites sur du pain et un verre de diabolo menthe que Mémé préparait avec affection à l’heure du midi, là où le soleil provençal brûle ; là où l’on devient fada tellement ça cogne ; là où le « capeu » ne protège pas plus que les cheveux d’un chauve. Oui, elle ne pensait qu’à cela.
Quand arrivait la fin de l’année scolaire, les cahiers et livres bien rangés sur les étagères du bureau, Angèle préparait sa valise pour ce qu’elle appelait avec gourmandise, sa transhumance. L’excitation était déjà palpable chez elle depuis longtemps. À vrai dire, dès le mois de mai, elle convoquait du fond de sa mémoire olfactive toutes les senteurs de lavande, de thym, de sarriette et de romarin qui exhalaient au petit matin ; une réminiscence de toutes les positivités du lieu ; comme s’il existait pour chacun d’entre nous un choix de puissants souvenirs issus de notre enfance auxquels on ne peut accéder qu’à travers l’odorat. Un prélude aux retrouvailles.
Mais on devinait dans toute cette ardeur, comme en filigrane, une quête enfouie ; un besoin impérieux de ne pas s’écarter du fil d’Ariane qui la reliait à son père. Il lui fallait sauvegarder cet héritage, cette constellation d’émotions et de perceptions qu’elle transmettrait, puisqu’il n’était plus.
Comme toujours, le trajet se déroulait sans encombre mais l’humeur se gâtait aux premiers contreforts du col de Cabre, entre Drôme et Hautes-Alpes. Là, les virages en épingle et la suspension pneumatique de la Citroën avaient raison, à coup sûr, de l’estomac d’Angèle.
Enfin, après quelques 8 ou 9 heures de route se profilaient les dernières ruelles avant l’arrivée, aussi étroites qu’un chas d’aiguille au passage d’un fil trop épais. Mais l’oncle Fernand était précis et adroit comme un horloger suisse posant un tourbillon dans le mécanisme d’une montre automatique. Jamais une éraflure, contrairement à Félix, le taxi du village qui y martyrisait régulièrement les flancs de sa traction avant, toujours fringante après plus de 35 ans de bons et loyaux services. Elle avait vu défiler de Gaulle et Pompidou sans faillir.

Mais cet été-là, celui de ses 16 ans, ne serait plus comme les précédents. Pépé n’attendrait pas Angèle avec sa carte puzzle de France et ses 101 départements qu’elle replaçait sans faute chaque année. C’était leur rituel, l’un de leurs moments complices. Pépé demandait : — Alpes Maritimes Chat-gris ?
Chat-gris, le petit surnom qu’il lui avait donné, doux, ronronnant, espiègle et joyeux comme un petit félin. Et elle répondait d’une voix assurée.
— 06 Pépé, chef-lieu Nice !
— 14 Chat-Gris ?
— Calvados, chef-lieu Caen !!
Angèle était devenue, au fil des années, maîtresse en « géographie nationale ».
Et la fierté se lisait sur le visage de son grand-père ; lui qui avait été instituteur toute sa vie, tout comme Mémé d’ailleurs, puis leur fils et leur bru, à leur tour. Une lignée de dévoués au savoir et à la transmission. Oui, Pépé aimait son unique petite fille ; lui passait tous ses caprices, si peu qu’elle en avait ; la disculpait à chaque bêtise. La seule raison de vivre qui lui restait.
Pourtant, ils ne s’assoiraient plus tous les deux sur le muret du balcon pour regarder la télévision par la fenêtre des voisins. Chez Pépé et Mémé, il n’y avait pas de poste de télé. Mémé avait décidé de ne pas en avoir. Alors, les soirs de grand film, ils volaient quelques images. Antonin et Honorine voulaient les faire entrer mais ils restaient sur leur perchoir, se poussant du col pour mieux voir. Antonin se levait alors, ouvrait grand la fenêtre et on entendait Angèle se tordre de rire en écoutant les répliques de de Funès dans Le Gendarme de Saint-Tropez, ou écraser une larme, s’identifiant à Fanny dans Marius de Pagnol.

Poids 250 g
Auteur

Vallance Fabienne