Écrits sur Garcia Lorca (dont sa dernière interview) Édition bilingue

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Celui qui fit la dernière interview de García Lorca
Antonio Otero Seco (Cabeza del Buey, Badajoz 1905 -Rennes1970) journaliste et écrivain, républicain espagnol exilé en France de 1947 à 1970, fut l’ami de Federico García Lorca dont il fit la dernière interview pour l’hebdomadaire madrilène Mundo Gráfico en juillet 1936, quelques jours avant que le poète ne se rende à Grenade où il fut assassiné par les franquistes. Dans ce livre, outre cette interview, on peut lire un poème d’Antonio Otero Seco dédié à Lorca après sa mort, un essai sur sa vie et son œuvre, ainsi que plusieurs articles parus dans Le Monde dans les années 60. Les textes sont publiés dans leur version originale et en traduction française.

 

Format : 17 x 12
Nombre de pages : 224 pages
ISBN : 978-2-84418-261-6

 

Année de parution : 2013

Auteur : Otero Seco Antonio Catégorie :

Description

Antonio Otero Seco
(1905-1970)

 « Plus qu’être ou avoir été, l’important
c’est le futur humble et humaniste : Nous serons »

Antonio Otero Seco, « Carta a Alfredo Palmero, pintor »,
In : Homenaje a Antonio Otero Seco, p. 110.

 

 

Dans les années 1960, Antonio Otero Seco était lecteur d’espagnol à la Faculté des Lettres de Rennes et pour beaucoup d’étudiants il fut le premier et presque unique contact authentique et continu avec l’Espagne, la langue espagnole et le monde hispanique.
De lui on savait que c’était un réfugié espagnol, selon le terme alors en vigueur, qu’il avait fait une interview de García Lorca et qu’il écrivait toujours pour la presse.
Vu par un étudiant, il semblait peu intégré dans l’université, plutôt solitaire, se rendant ponctuellement à la Faculté, de sa marche mesurée, les pieds légèrement en dehors et un journal plié à la main ou dans la poche de son pardessus, le béret enfoncé sur la tête. Quand il arrivait au troisième étage de l’ancien Séminaire, par l’escalier réservé aux professeurs, on sentait parfois un essoufflement et une fatigue, comme une grande lassitude.
Son allure attirait l’attention. Grand et mince, il portait toujours un costume, avec un mouchoir plié dans la poche supérieure de sa veste, qu’il sortait et remettait, d’un ample geste élégant de sa main aux doigts longs et soignés qui semblait tout droit sortie d’un tableau du Gréco. Comme un gentilhomme triste et mélancolique. De cette allure si particulière et de sa façon d’être, bienveillante et réservée à la fois, avec toute la distance cordiale d’un homme déjà mûr envers des apprentis hispanistes plus enclins à fréquenter ses deux fils, Antonio et Mariano, on peut se faire une idée à travers les portraits que Mariano Otero fit alors de son père.
Des cours magistraux qu’il faisait (qui dans d’autres universités étaient réservés aux professeurs titulaires), sur « Le métissage dans la littérature péruvienne » ou « Le libéralisme espagnol », par exemple, on conserve d’artisanaux polycopiés et d’abondantes notes et documents. Certains parmi nous avaient droit à des cours quasiment particuliers donnés dans la bibliothèque d’espagnol (une ancienne cellule de séminariste). Don Antonio – c’est ainsi que nous l’appelions avec un respect emprunt de familiarité – les consacrait essentiellement à la traduction en espagnol de textes en français – une langue dont rien ne lui était étranger mais qu’il prononçait avec un accent bien espagnol. Chacun traduisait à son tour et il donnait la solution correcte – qu’il avait l’habitude de répéter -, avec souvent de savoureuses digressions émaillées d’histoires drôles qui nous introduisirent dans la mémoire vive d’une Espagne que nous lirions ensuite dans les livres d’histoire. De son histoire personnelle il parlait très peu. Qui a pu alors réaliser toute la chance qu’il avait de pouvoir écouter des explications sur la civilisation espagnole ou sur le théâtre de Valle Inclán et Alberti et saisir toute leur richesse verbale ou leur contexte historique, guidé par celui qui avait vécu cette époque et avait été le témoin et acteur engagé de la République espagnole ?
Cet « exilé sans plainte ni amertume », comme l’écrivit Le Monde, mourut le 29 décembre 1970, “le soleil défunt sous les paupières” (Albert Bensoussan), et dans son définitif exil du cimetière de l’Est de Rennes – si loin de celui de Madrid -, seuls quelques collègues, de jeunes hispanistes et des compatriotes purent accompagner sa famille.
Sur la plaque qu’en 1971, à l’université de Rennes 2, on apposa sur le mur de la bibliothèque d’espagnol qui désormais porterait son nom, on peut lire : « Antonio Otero Seco. Espagnol, libéral, républicain, né en 1905, il fut poète, journaliste et critique littéraire. Exilé en France, il enseigna l’espagnol dans cette université à partir de 1952 et mourut en 1970 de nostalgie, loin de l’Espagne ».
De ce qu’avait été et de ce que fut Antonio Otero Seco, ce n’est qu’après qu’on a pu véritablement l’apprendre. À partir des hommages successifs que la communauté universitaire tint à rendre à sa mémoire mais surtout grâce au travail persévérant de ses enfants, avant que les historiens de la littérature et de la Guerre civile et de l’exil espagnol ne commencent à étudier sa vie et son œuvre, la figure encore floue de l’homme, du père et de l’intellectuel a pu trouver des contours plus précis et gagner en importance et notoriété.
L’Hommage à Antonio Otero Seco de 1972 permit de découvrir le prestigieux réseau d’écrivains avec lequel le critique littéraire fut en relation : des écrivains de l’exil comme Sender, Corrales Egea, Luis Amado-Blanco, Jesús Izcaray et des écrivains de l’intérieur : Carmen Conde, Ana María Matute, Miguel Delibes, Francisco García Pavón, Angel María de Lera ou Camilo José Cela, futur Prix Nobel de Littérature, qui mit en exergue dans la personne d’Otero Seco « le modèle d’intellectuel à outrance, d’un intellectuel qui ne vécut que pour le meilleur service de l’intelligence, en s’appuyant toujours sur l’arme de l’intelligence ». Dans ces modestes pages, fut également révélé le poète d’Espagne seule et lointaine. Anthologie secrète (1933-1970), avec les poèmes inédits de Voyage au Sud (1933), Absence, Parenthèse souriante, Loin, Regard intérieur et Les yeux grand ouverts, où sont recueillis ses poèmes à Miguel (Hernández), à don Miguel (Unamuno), à don Antonio (Machado) et celui de 1937 à Federico (García Lorca) – « tu es absent, mais tu es près de moi », dit le poète -, mais aussi à sa sœur Jacinta et à sa mère, mortes loin de lui, ou « Aux Espagnols morts en exil », « avec une carte d’Espagne gravée dans leurs pupilles ».

Informations complémentaires

Poids 101 g